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La famille de composés dont personne ne parle

Rédaction cbdlovers 14 min

Il existe une troisième famille de molécules dans cette plante, et elle n’apparaît sur presque aucun certificat d’analyse. Ni les cannabinoïdes ni les terpènes ne la recouvrent : ce sont les flavonoïdes.

Ils ne sentent rien, ou presque. Ce qu’ils font, c’est donner la couleur — les jaunes, les rouges, les violets d’une fleur ou d’un pétale. On les trouve dans le thé, la pomme, l’oignon, le persil, et dans des milliers d’autres végétaux.

Cette page décrit ce qu’ils sont, où ils se logent, les deux composés qui semblent propres à cette plante, ce que leur mesure exigerait, pourquoi elle n’est presque jamais commandée, et ce que l’on peut et ne peut pas en dire.

⚠️ Cadre. Cette page décrit une matière, son évaluation et les documents qui l’accompagnent. Elle ne décrit pas ce qu’un produit fait à une personne, ne donne aucune quantité et ne remplace pas un professionnel.

🔴 Ce qu’est un flavonoïde

La structure

Une architecture à quinze atomes de carbone, organisée en trois cycles. C’est cette structure commune qui définit la famille, indépendamment des variations chimiques qui distinguent ses membres.

Le nombre

Plusieurs milliers de composés différents ont été décrits dans le règne végétal. Une vingtaine ont été identifiés dans cette plante, ce qui en fait un profil relativement modeste.

Leur rôle dans la plante

Ils participent à la pigmentation, filtrent une partie du rayonnement ultraviolet et interviennent dans les interactions avec les insectes. Ce sont des fonctions de surface et de signalisation.

Ce qu’ils ne font pas

Ils ne portent pas l’odeur, qui relève des terpènes, et ne sont pas responsables des propriétés attribuées aux cannabinoïdes. Ce sont trois familles distinctes qui coexistent.

Où ils se trouvent

Dans les tissus

Contrairement aux cannabinoïdes, ils ne sont pas confinés dans les glandes. Ils se répartissent dans les feuilles, les tiges et les bractées, intégrés aux tissus végétaux ordinaires.

La conséquence pratique

On ne peut pas les concentrer par tamisage comme on concentre les têtes de trichomes. Une séparation mécanique ne les récupère pas.

Leur quantité

Elle se compte en dixièmes de pour cent de la masse sèche, parfois moins. C’est un ordre de grandeur comparable à celui des composés mineurs d’un profil de terpènes.

La variation

Elle dépend de la variété, de la lumière reçue et de la température pendant la fin du cycle. Le froid nocturne, en particulier, en modifie l’expression.

Les cannaflavines

Ce que le nom recouvre

Trois composés, notés A, B et C, qui n’ont été décrits dans aucune autre espèce à ce jour. C’est ce qui les rend intéressants sur le plan botanique.

Leur particularité chimique

Ils appartiennent à un sous-groupe rare, celui des prényl-flavonoïdes, dont on connaît peu d’équivalents ailleurs.

Leur quantité

Très faible, de l’ordre de quelques centièmes de pour cent. Les isoler demande des volumes de matière importants et des procédés spécifiques.

Ce qu’on peut en dire

Qu’ils existent, qu’ils sont documentés, et qu’aucune allégation les concernant n’est autorisée. Le registre européen ne contient à ce jour aucune entrée pour le cannabidiol, et rien non plus pour ces composés.

Les autres composés de la famille

La quercétine

Présente dans l’oignon, la pomme, le câprier et de très nombreux végétaux. C’est l’un des flavonoïdes les plus étudiés au monde, très loin de cette plante.

Le kaempférol

Répandu dans les brassicacées, le thé et les épinards. Sa présence ici n’a rien de remarquable : c’est un composé banal du règne végétal.

L’apigénine

Associée à la camomille et au persil. Comme les précédentes, elle est présente à des teneurs faibles et sans spécificité particulière.

L’orientine et la vitexine

Deux composés glycosylés que l’on retrouve dans l’aubépine et le millet. Ils apparaissent sur les travaux d’analyse détaillée de la plante.

Les anthocyanes et la couleur

Ce qu’elles sont

Un sous-groupe de la famille, responsable des teintes rouges, bleues et violettes selon l’acidité du milieu où elles se trouvent.

Ce qui déclenche leur expression

Le froid en fin de cycle, principalement. Une chute des températures nocturnes favorise leur accumulation dans les tissus, ce qui donne les fleurs violettes.

La part de la génétique

Certaines variétés en produisent quoi qu’il arrive, d’autres jamais. Le froid amplifie une prédisposition existante, il ne la crée pas.

Ce que la couleur ne dit pas

Ni la teneur en cannabinoïdes, ni la qualité, ni le profil aromatique. Une fleur violette n’est ni plus ni moins concentrée qu’une fleur verte de la même variété.

Pourquoi ils ne sont jamais mesurés

Aucune obligation

La réglementation encadre le THC total. Rien n’impose de mesurer les flavonoïdes, ni pour la conformité d’un lot, ni pour son étiquetage.

Le coût de l’analyse

Elle demande une chromatographie liquide dédiée avec des standards de référence spécifiques. C’est une prestation distincte, qui s’ajoute aux analyses déjà commandées.

L’absence de demande

Presque aucun acheteur ne la réclame, parce que presque personne ne sait que ces composés existent. La demande crée l’offre d’analyse, et elle est ici inexistante.

Le résultat

Sur des milliers de certificats publiés, il est rare d’en trouver un qui comporte une ligne flavonoïdes. Ce n’est pas un manquement, c’est un choix économique rationnel.

Ce qu’une analyse montrerait

La méthode

Chromatographie liquide haute performance avec détection ultraviolette ou spectrométrie de masse. Un laboratoire accrédité selon l’ISO/IEC 17025 peut la réaliser.

Le format du résultat

Une liste de composés avec leurs teneurs, en milligrammes par gramme. Les valeurs seraient basses, souvent proches de la limite de quantification.

Ce qu’on en tirerait

Une signature de variété, potentiellement utile pour distinguer deux génétiques proches. C’est l’usage le plus plausible.

Ce qu’on n’en tirerait pas

Aucune information sur la conformité, la propreté du lot ou la valeur d’usage. Les lignes qui comptent pour ces questions sont ailleurs.

Ce que le procédé leur fait

Le séchage

Ils résistent nettement mieux que les terpènes. N’étant pas volatils, ils ne s’évaporent pas et supportent des températures qui détruiraient un profil aromatique.

La lumière

Une exposition prolongée dégrade les anthocyanes en particulier. C’est visible : une fleur violette laissée à la lumière perd progressivement sa teinte.

L’extraction

Leur solubilité diffère de celle des cannabinoïdes. Un extrait au CO2 en récupère peu ; les procédés à l’éthanol en emportent davantage, ce qui contribue à la couleur du produit fini.

La couleur d’une huile

Elle vient en partie de ces composés et en partie de la chlorophylle résiduelle. Une teinte foncée n’indique ni une concentration ni un défaut.

Le lien avec le spectre complet

L’argument couramment avancé

Que la présence de l’ensemble des composés végétaux vaudrait mieux qu’une molécule isolée. C’est un argument de vente répandu, et il inclut souvent les flavonoïdes.

Ce que le document permet de vérifier

La composition en cannabinoïdes, ligne par ligne, et parfois le profil de terpènes. Presque jamais la présence de flavonoïdes.

Ce que cela implique

L’argument porte sur une composition dont une partie n’est pas mesurée. La promesse dépasse ce que le certificat démontre.

La position défendable

Constater que la matière brute contient ces composés, sans affirmer ce que leur présence apporte. La distinction est mince mais elle sépare une description d’une allégation.

Ce que la réglementation en dit

Le cadre alimentaire

Un produit ingéré relève du règlement sur les nouveaux aliments. La question porte sur l’historique de consommation, indépendamment de la molécule mise en avant.

L’étiquetage

Le règlement sur l’information des consommateurs impose une liste d’ingrédients complète. Un extrait végétal y figure comme tel, sans détail de sa composition en flavonoïdes.

Les allégations

Aucune autorisation n’existe pour ces composés dans ce contexte. Le registre européen est la référence, et il ne contient rien à ce sujet.

Ce qui reste dicible

La description botanique et chimique : quels composés, à quelles teneurs, dans quelle partie de la plante. Tout ce qui va au-delà sort du cadre.

Les erreurs courantes

Les confondre avec les terpènes

Deux familles distinctes. Les uns portent la couleur, les autres l’odeur ; les uns sont dans les tissus, les autres dans les glandes.

Attribuer la couleur violette à autre chose

Ni une variété plus forte, ni un procédé particulier. C’est une réponse au froid sur une génétique qui le permet.

Croire un produit vérifié parce qu’il les mentionne

Une mention commerciale n’est pas une mesure. En l’absence de ligne au certificat, l’affirmation ne repose sur rien.

Chercher un effet

Le sujet appelle des affirmations que le registre européen ne permet pas. Décrire la molécule reste possible ; dire ce qu’elle fait ne l’est pas.

Ce que la lumière change à leur expression

Le rôle de filtre

Ces composés absorbent une partie du rayonnement ultraviolet. Une plante exposée à un ensoleillement intense en produit davantage, ce qui constitue une réponse de protection tout à fait classique dans le règne végétal.

La différence entre intérieur et plein champ

Une culture sous éclairage artificiel reçoit un spectre appauvri en ultraviolet par rapport au soleil. L’expression de ces composés y est généralement moindre, sans que cela change quoi que ce soit aux teneurs en cannabinoïdes.

Ce que cela produit visuellement

Des fleurs de plein champ parfois plus colorées, avec des nuances que l’intérieur reproduit rarement. C’est une différence esthétique documentée, pas un indicateur de valeur.

La limite de l’observation

Rien ne permet de déduire un mode de culture à partir d’une couleur. Trop de facteurs interviennent, à commencer par la génétique elle-même.

La question de la stabilité

Face à la chaleur

Ils supportent des températures qui détruiraient un profil de terpènes. Un séchage à trente degrés ne les affecte pratiquement pas, alors qu’il appauvrit sensiblement l’odeur.

Face à l’oxygène

Leur dégradation par oxydation existe mais reste lente. Elle se manifeste sur des mois plutôt que sur des semaines, et ne modifie pas l’odeur puisqu’ils n’y participent pas.

Face à la lumière

C’est leur principale faiblesse, en particulier pour les anthocyanes. Une fleur violette rangée près d’une fenêtre perd sa teinte de façon visible en quelques semaines.

Ce que cela implique

Le contenant opaque, déjà recommandé pour d’autres raisons, protège aussi la couleur. Aucune précaution supplémentaire n’est nécessaire.

Ce qui distingue les trois familles

La localisation

Les cannabinoïdes et les terpènes se logent dans les glandes des trichomes, à l’extérieur des tissus. Les flavonoïdes se répartissent dans les tissus eux-mêmes, ce qui exclut toute concentration mécanique.

La volatilité

Seuls les terpènes s’évaporent à température ambiante. Les deux autres familles restent en place, ce qui explique qu’une fleur perde son odeur bien avant de perdre sa couleur ou sa teneur.

La mesure

Les cannabinoïdes sont toujours mesurés, les terpènes parfois, les flavonoïdes presque jamais. Cette hiérarchie suit exactement celle des obligations réglementaires et de la demande commerciale.

Ce que l’acheteur perçoit

Il sent les terpènes, il voit les flavonoïdes, et il ne perçoit rien des cannabinoïdes. La seule famille qui compte réglementairement est aussi la seule totalement invisible.

Un petit glossaire

Flavonoïde

Composé végétal à quinze atomes de carbone organisés en trois cycles, impliqué notamment dans la pigmentation.

Cannaflavine

Sous-groupe de trois composés, notés A, B et C, décrits à ce jour uniquement dans cette plante.

Anthocyane

Pigment de la famille des flavonoïdes, responsable des teintes rouges, bleues et violettes selon l’acidité du milieu.

Chromatographie liquide

Méthode de séparation employée pour mesurer ces composés. Distincte de la chromatographie gazeuse utilisée pour les terpènes.

Glycosylé

Se dit d’une molécule à laquelle un sucre est attaché. C’est le cas de plusieurs flavonoïdes présents ici.

Les cinq vérifications valables pour tout produit

Le certificat du lot

À demander avec le numéro figurant sur l’emballage. Un document général pour la gamme ne couvre pas ce lot-là.

Le THC total

Delta-9-THC plus THCA multiplié par 0,877, parce que le THCA devient du THC à la chaleur et que la limite porte sur la somme.

Le prix au gramme

Une division, pas une opinion. Le seul chiffre qui rend deux offres comparables.

Les allégations

Sans numéro d’autorisation au registre européen, ce sont des affirmations et non des données — et pour le cannabidiol ce registre ne contient à ce jour aucune entrée autorisée.

Les coordonnées du vendeur

Raison sociale, adresse et contact. S’ils manquent, il manque aussi la partie à qui s’adresser.

Comment cela s’articule avec le reste

Avec la couleur des fleurs

C’est l’explication complète du phénomène violet, souvent attribué à tort à d’autres causes. Le froid révèle une prédisposition génétique.

Avec les terpènes

Deux familles qui coexistent sans se recouper. L’une se mesure couramment, l’autre presque jamais, pour des raisons économiques et non techniques.

Avec le spectre complet

L’argument commercial s’appuie sur une composition partiellement non mesurée. Le certificat permet de voir jusqu’où la démonstration va réellement.

Avec la lecture d’un certificat

Leur absence des rapports rappelle une règle générale : ce qui n’est pas mesuré n’est pas vérifiable, quelle que soit la conviction du vendeur.

À quoi cela sert concrètement

Pour comprendre une couleur

Une fleur violette s’explique par le froid de fin de cycle. C’est une information botanique, pas un critère d’achat.

Pour évaluer un argument

Quand un produit met en avant sa richesse en flavonoïdes, demander la ligne correspondante au certificat. La réponse est instructive.

Pour situer une famille

Savoir qu’il existe trois familles de composés, et que deux seulement sont couramment mesurées, aide à lire ce qu’un rapport couvre et ce qu’il laisse de côté.

Pour ne pas surpayer

Une mention de composés non mesurés ne justifie aucun écart de prix. Le calcul au milligramme reste fondé sur ce qui est chiffré.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un flavonoïde ? Un composé végétal à quinze atomes de carbone, présent dans presque toutes les plantes, impliqué dans la pigmentation et la protection contre les ultraviolets.

Sont-ils propres au chanvre ? Non, à deux exceptions près. Les cannaflavines A, B et C n’ont été décrites dans aucune autre espèce à ce jour.

Donnent-ils l’odeur ? Non, ce sont les terpènes. Les flavonoïdes ne sont pas volatils et ne contribuent pratiquement pas au parfum.

Expliquent-ils la couleur violette ? Oui, par le biais des anthocyanes, dont l’expression est favorisée par le froid en fin de cycle sur certaines génétiques.

Sont-ils mesurés sur les certificats ? Presque jamais. Rien ne l’impose, l’analyse est distincte et coûteuse, et pratiquement aucun acheteur ne la réclame.

Quelle quantité contient une fleur ? Des dixièmes de pour cent de la masse sèche, parfois moins. Les cannaflavines se comptent en centièmes.

Peut-on annoncer un bénéfice à leur sujet ? Non. Aucune entrée autorisée ne figure au registre européen, ni pour eux ni pour le cannabidiol.

Résistent-ils au séchage ? Beaucoup mieux que les terpènes, puisqu’ils ne sont pas volatils. La lumière les dégrade davantage que la chaleur.

Se retrouvent-ils dans une huile ? En partie, selon le procédé d’extraction. L’éthanol en emporte davantage que le CO2 supercritique.

La couleur d’une huile vient-elle d’eux ? En partie, avec la chlorophylle résiduelle. Une teinte foncée n’indique ni concentration ni défaut.

Ce que nous vérifions et ce que nous ne vérifions pas

Nous vérifions ce qui se vérifie sur pièces : registres officiels, teneurs déclarées, certificats d’analyse, divisions. Nous ne testons aucun produit, n’établissons aucun classement et n’affirmons aucun effet.

Cette famille de composés occupe une place inhabituelle : elle est réelle, documentée depuis des décennies, spécifique pour deux de ses membres, et pourtant absente de la quasi-totalité des documents qui accompagnent les produits. Elle est donc simultanément un fait établi et une donnée invérifiable pour l’acheteur.

Ce qui reste utilisable est modeste : comprendre d’où vient une couleur, savoir qu’une troisième famille existe, et demander la ligne correspondante quand un vendeur s’en réclame. Dans la plupart des cas, il n’y en aura pas, ce qui est en soi une réponse.